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Il était une fois… des
jardins
Nous devrions considérer les
jardins dits "sociaux" comme
faisant partie intégrante du
tissu social et comme moyen
de prévention contre toute
forme de discrimination, en
même temps que comme outil
de (ré)insertion sociale.
En d’autres termes, peut-on
parler de jardins comme
moyens thérapeutiques ou de
communication du seul fait
que les gens se parlent,
sourient, retrouvent des
gestes ou des goûts
simples ?
Ce serait excessif ; il
serait plus approprié de les
appeler "jardins
traditionnels". Qu’ils
soient jardins de rendement
ou de détente, tous on en
commun de renouer le lien
entre l’homme et la terre.
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photo:
Benoît Malice - PLATEAU
AVIJL - 18.12.2009 |
Les jardins sociaux
apparaissent durant les
années 30-40 ; l’initiative
viendra essentiellement des
sociétés minières et des
industries lourdes du Nord
de la France (métallurgie)
qui cherchent à stabiliser
socialement une classe
ouvrière d’origine rurale,
immigrée, souvent pauvre et
ayant perdu ses racines. En
leur offrant un complément
de nourriture, ces jardins
leur permettent d’améliorer
leur niveau de vie. Au fil
des ans, cette initiative
donnera naissance à des
associations de jardiniers
qui feront pression sur les
pouvoirs locaux afin
d’obtenir plus de parcelles
cultivables.
Inconsciemment sans doute,
ce courant fera naître chez
certains un sentiment
d’autonomie, sans chef ni
hiérarchie, une valeur
ajoutée pour des hommes
auxquels leur statut
d’ouvrier interdit toute
réelle ascension sociale.
En termes économiques,
l’apport de ces jardins est
loin d’être négligeable, et
améliore la qualité des
produits tout en permettant
une autre approche de la
nourriture. Le goût en est
différent, même si cette
perception est parfois
d’ordre psychologique. A
l’époque des légumes en
conserve (années 60),
ceux-ci étaient souvent
réservés aux pauvres ;
l’apport de légumes frais
donnera le sentiment d’être
un peu plus riche.
Viennent ensuite les jardins
"familiaux" réservés à la
classe moyenne, où chacun
cultive sa parcelle de
légumes, son petit coin de
fleurs, dans un contexte
d’autonomie où la créativité
s’exprime naturellement.
Notre époque évolue et les
jardins suivent : au détour
d’une rue, nous découvrirons
un jardin contemporain,
véritable sculpture
paysagère, avec des essences
rares, parfois agrémenté de
sculptures de pierre, de
bois ou de métal.
Un mode plus récente
apparaît sous la forme du
jardin biologique, fruit
d’une déception, celle que
nous réserve une société
industrialisée à outrance,
où le rendement prime sur la
qualité. C’est donc un juste
retour aux "jardins
ouvriers" où, par manque de
moyens financiers, personne
n’utilisait de pesticides ou
d’engrais.
Finalement, le jardin "bio"
n’est autre qu’un "jardin
traditionnel" où, du temps
de nos grands-parents, on ne
cultivait que
naturellement !
Le marketing a bien compris
que le terme "bio" est
vendeur, et comme personne
ne voit la différence, c’est
pain bénit pour les
industriels qui produisent
des tomates en grappes dites
"bio", en réalité cultivées
en serre dans des rouleaux
en fibres végétales. Ce
n’est qu’un exemple, il y en
a bien d’autres.
Dans le cadre d’une vie en
milieu urbain, plus
stressante et plus exposée à
la pollution, cette
"culture" potagère débouche
sur un nouvel état d’esprit,
qui permet de (re)tisser des
liens plus ouverts. Toutes
les classes sociales se
sentent aujourd’hui
interpellées par notre
environnement immédiat ou
global.
Autre notion, souvent
oubliée : le plaisir. La
salade mangée peu après
avoir été coupée, les
courgettes fraîchement
récoltées, c’est tout
simplement le bonheur…
Au service du plaisir, le
jardin se féminise et
pratique une subtile
confusion des genres au
niveau des compositions
florales, sans oublier
l’aromathérapie qui fait un
retour en force dans le
domaine du bien-être et qui
agrémente nos jardins de
variétés diverses visant à
éveiller nos sens.
Dès l’apparition des beaux
jours, les jardins
deviennent cuisines
(ou)vertes où les barbecues
invitent à la convivialité
avec des promeneurs de
passage ou des voisins qui
nous semblent tout à coup
plus proches.
Uniformiser tous ces jardins
par le biais d’une
réglementation stricte
serait contraire au but
recherché avant tout : la
préservation d’un espace de
liberté où l’on peut
s’exprimer librement. Chaque
jardinier ayant besoin de
garder la maîtrise se son
espace afin de mieux le
partager ensuite avec les
autres.
Benoît
Malice
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