Luc Beyer de RYKE   Conseiller communal - Député européen honoraire

Plaidoyer en faveur du plateau Avijl - 29 juin 2006
SAUVER AVIJL !


Nous avons, tout au long de cette mandature, conduit des débats dont certains furent importants et de qualité. Celui-ci me paraît un des plus essentiels. Pour ma part , je ne jetterai l'anathème sur personne. Les uns, les autres, nous avons nos convictions, nous nous efforçons de penser, d'agir, de bâtir le présent, l'avenir, de notre commune.

Je ne me propose pas ce soir, d'argumenter, d'approuver, de contester, de proposer en me fondant sur le projet du Collège, d'urbaniser pour une large part le plateau Avijl. D'autres que moi l'ont fait, le feront.

Ce soir, je voudrais revêtir du toge du plaideur, la toge de ma conviction, la toge de mon espérance.

Ma conviction se fonde sur un long passé d'engagement en faveur de la préservation des sites qui font la richesse de notre pays. Si vous m'y autorisez, mon plaidoyer m'entraînera dans un détour qui nous ramènera à l'objet même du débat.

GAND ET SON MIROIR D'EAU

Certains le savent: avant de siéger depuis 1982, sans discontinuer, dans cette enceinte, je fus mandataire provincial, mais surtout communal, à Gand, ma ville natale. Dans les années 1970, on ne sait quelle mouche bâtisseuse piqua les édiles. Ils voulurent combler nombre de canaux. C'eut été un désastre. Fort heureusement exister à l'époque une association internationale intitulée "Europa Nostra". Elle était présidée par le gendre de Sir Winston Churchill, Duncan Sandys. Avec sa collaboration et sa complicité, j'ai réalisé pour le journal télévisé de la RTB, une émission illustrant la nécessité de maintenir les canaux gantois. Aujourd'hui, tant d'années après, tout un réseau fluvial a été instauré - et restauré- pour le plus grand bonheur des visiteurs. Si l'on avait cédé à la mode de l'époque, Gand eut été mutilé. A jamais.

LE KAUWBERG: UN GOLF ? NON, UN "ZWYN " UCCLOIS !

Comparaison n'est pas raison, mais n'y a-t-il pas une leçon à tirer de l'expérience gantoise ?
Une autre leçon, plus immédiate, se trouve à Uccle même, avec le Kauwberg. Bien avant d'entrer au Conseil Communal, j'avais déjà milité en faveur du maintien du site. Avec un sourire, je rappellerai mon soutien apporté à cet effet à un groupe ou groupuscule socialiste flamand, "De Rode Papavers" (Les pivoines rouges). Voilà pour l'anecdote.

Le sérieux fut l'engagement et les efforts difficiles pour persuader une majorité du Conseil de la richesse écologique remarquable offerte par le Kauwberg. L'équité me commande de dire qu'à l'époque Marc Cools et moi nourrissions les mêmes vues, par encore partagées par la majorité de nos collègues. Je regrette et déplore de ne pas le retrouver ce soir à mes côtés, dans ce nouveau combat pour la défense d'Avijl. Je me remémore également que son futur chef de file aux prochaines élections communales nourrissait une vision certes verdoyante, mais singulièrement élitiste lorsqu'il voyait fort bien le Kauwberg reconverti en golf....
Je ne m'en indigne pas, mais des golfs, il y en a beaucoup en Belgique, pour un Kauwberg qui, lui, est exceptionnel !

AVIJL: LA CAMPAGNE AU COEUR DE LA VILLE  

Aujourd'hui, j'éprouve le sentiment de voir se rejouer une scène analogue sinon identique. Je ne reprendrai pas la genèse de l'histoire du plateau Avijl. Les motivations qui ont conduit à son achat. Mais au fil des ans, si le problème du logement est devenu prégnant, la raréfaction des espaces verts - à fortiori ruraux - ne l'est pas moins.

Je ne rejette aucunement l'argumentation de mes collègues de l'autre côté de la ligne de démarcation, je ne doute pas de leur volonté - au moins de leur souhait - d'une urbanisation maîtrisée et de qualité. Malgré tout, je ne les crois pas. Je ne les crois pas non point parce que je les soupçonne de mensonge ou de dissimulation, mais parce que la réalité des faits me parait, inéluctablement, devoir fracasser les meilleures intentions. A l'usure, à force de concessions, de compromis, on nous dit limiter la casse. Sans doute. Mais personne ne peut faire croire que la construction d'un peu moins ou d'un peu plus de 200 logements - par phases successives - ne viendra pas bouleverser, altérer, profondément cette ruralité qui est le propre du plateau d'Avijl.

Il y a à Uccle une extraordinaire complémentarité. Le Kawberg est notre Zwin ucclois. Avijl, lui, fait songer à Amiens et sa tradition des jardins ouvriers. Croyez vous vraiment que dans cette ville comme ailleurs, en France ou en Belgique, le logement ne constitue pas un souci majeur ? 
Malgré cela, les édiles d'Amiens ont jardins ouvriers ont fait classer les jardins ouvriers, conscients du patrimoine qu'ils représentent.

Il devrait en aller de même pour Avijl !

Certes, je ne vais pas sortir de ma poche la solution, le plan B du logement social. Même si une solution plus régionale que communale s'avère difficile, le projet d'urbanisation du Bourdon me paraît faire partie des possibilités. Je vous demande en tous cas d'y réfléchir. Comme je demande, avec insistance, à chacune, à chacun d'entre vous, au delà des frontières secondaires et parfois artificielle des partis, de préserver la ruralité d'Avijl. 

C'est l'humoriste français Alphonse Allais qui voulait amener la ville à la campagne. Dans la réalité, cela s'est traduit par les "villes tentaculaires" de Verhaeren.

Avec moins de poésie, avec moins d'inspiration littéraire, je vous adjure de conserver, de préserver la campagne à l'intérieur de la ville.

Vous en avez les moyens.

FAITES LE !

Luc BEYER de RYKE
Conseiller communal