Messieurs,
Vous
trouverez ci-dessous mes réponses
aux questionnaire que vous
m’avez envoyé dans le
cadre des élections régionales.
Ces réponses sont longues :
le sujet est important et
les problématiques que
vous soulevez sont
complexes. Des réponses
nuancées s’imposaient.
Le fait de résumer mes réponses,
ou de les tronquer, déformerait
inévitablement ces
nuances auxquelles je
tiens. Je vous demande
donc d’en assurer la
diffusion intégrale.
Pierrot de Heusch
| 1. |
Estimez-vous
que le plateau
Avijl constitue un
élément
important du
maillage vert de
la Région et mérite
à ce titre d’être
préservé ? |
Le
maillage vert ucclois bénéficiant
d’une protection légale
( dont la préservation
est garantie par le PRAS
depuis 2001), est reconnu
comme de très grande
qualité. Cet ensemble
d’espaces vert de droit
a une grande importance à
l’échelle régionale.
Il a été présenté par
le Gouvernement régional
comme « zone spéciale
de conservation »
candidate pour le réseau
européen Natura 2000.
Le plateau Avijl est situé
au cœur de ce maillage
vert du sud de la commune
d’Uccle : il jouxte
le parc Fond Roy et se
trouve à 200 m à vol
d’oiseau du Kauwberg.
Il
s’agit d’un terrain
qui appartient à la
Commune et dont le statut
légal a toujours été
celui d’un terrain à bâtir.
Ce
site a certes un intérêt
biologique : de
nombreuses espèces
d’oiseaux y nichent ;
deux zones ont été
identifiées (sur une
carte scientifique d’évaluation
biologique datant de 2000)
comme « comportant
des éléments de haute à
très haute valeur
biologique » :
elles correspondent à la
partie boisée (au nord)
et au site de l’ancienne
décharge (au sud).
Pour
ECOLO, le plateau Avijl
n’est cependant pas un
élément d’une
importance déterminante pour la qualité du riche
maillage vert ucclois.
L’importance de cet
espace vert de fait est
plus sociale et paysagère
qu’écologique au
sens scientifique du terme:
c’est un lieu de
jardinage, de promenade et
de rencontre, à juste
titre très apprécié des
riverains.
| 2. |
Estimez-vous
que le besoin de
logements sociaux
dans la Région
justifie la
destruction
d’espaces verts
du plateau Avijl
pour y construire
de tels logements ? |
La
formulation de la question
semble signifier que la
construction de logements
sur le plateau n’entraînera
pas la destruction de
toute la surface
d’espace vert du site.
C’est une nuance
formelle que nous apprécions
car elle reflète bien la
réalité : il
n’est plus question
aujourd’hui d’une
urbanisation dense qui
occupe toute l’entièreté
du site.
Le
terme « destruction »
nous paraît d’ailleurs
inadéquat : des
jardins seront en effet prévus
dans les zones urbanisées.
Nous
pouvons de plus déjà préciser
que le projet de PPAS en
cours d’élaboration
permettra probablement de
ne pas construire sur les
deux zones de grand intérêt
biologique ; et la décision
est d’ores et déjà
prise de préserver des
jardins potagers sur le
site.
La
question pose, d’autre
part, le problème d’un
conflit de valeurs. Il
s’agit en effet de faire
un choix de priorité.
ECOLO
est soucieux d’une préservation
de la qualité de vie du
quartier de St Job ;
et très conscient du rôle
que remplissent, en milieu
urbain, les espaces
semi-naturels tels que
celui d’ Avijl.
Mais
ECOLO est aussi très
interpellé par le manque
criant de logements à
prix modérés dans une
commune telle que Uccle.
Avec les conséquences néfastes
que cela engendre :
en termes de précarité
sociale, d’exode des
jeunes ménages vers la périphérie,
de mobilité engorgée par
le flux des navetteurs et
de perte de rentrés
fiscales pour la Région
(dont les contraintes budgétaires
sont déjà telles,
aujourd’hui, qu’elle
n’arrive pas à financer
les services collectifs nécessaires).
Nous sommes en même temps
forcés de constater que
l’offre de logements
proposée par la promotion
immobilière privée ne répond
pas à cette demande que
nous devons
prioritairement satisfaire :
dans la plupart des cas il
s’agit de logements
moyens haut de gamme,
voire de logements de
luxe. Et les prix ne
cessent d’augmenter
depuis plusieurs années.
Seuls
les pouvoirs publics sont
aujourd’hui des acteurs
susceptibles de créer des
logements accessibles aux
ménages à revenu
modeste.
C’est
pourquoi nous avons fait
un choix fondé sur les
valeurs de solidarité et de responsabilité.
Celui de soutenir le
projet public de
construction de logements
sociaux et moyens à
loyers modérés sur le
plateau Avijl ; un
site qui est le seul terrain communal sur
lequel puisse être
envisagé un programme
immobilier d’une
certaine importance.
D’autres terrains à bâtir
communaux, de dimension
nettement plus petite,
seront également
construits, dans le même
objectif.
Il
est important de souligner
que la présence d’ECOLO
dans la majorité
communale lui permet
d’infléchir ce projet
collégial
d’urbanisation du
plateau Avijl dans le sens
d’une intégration
harmonieuse dans le tissu
urbain du quartier et de
la promotion d’un développement
durable au sens plein du
terme (dans ses trois
dimensions :
environnementale, sociale
et économique).
| 3. |
Estimez-vous
qu’il importe de
sauvegarder les
jardins potagers
du plateau Avijl,
de manière à préserver
et développer
leur rôle social
et pédagogique ? |
Ici,
la formulation de la
question exprime la volonté
de préserver tous les espaces potagers du
site. Notre réponse à la
2è question témoigne que
nous avons fait le choix,
réfléchi, d’une réduction
des espaces potagers sur
Avijl. Mais nous sommes opposés à leur disparition.
Nous
ne sous-estimons pas, en
effet, l’importance des
potagers en milieu urbain,
bien au contraire !
Ceux-ci remplissent une
triple fonction : écologique,
sociale et pédagogique ;
et ils sont d’autant
plus nécessaires que les
citadins qui n’ont pas
la chance d’avoir un
jardin perdent de plus en
plus le contact avec la
terre et la perception des
cycles naturels.
Il
est vrai que la situation
des espaces potagers
bruxellois est
aujourd’hui menacée :
d’abord parce que la
plupart d’entre eux sont
situés sur des terrains
à bâtir ; ensuite
parce que le sol de
certains est gravement
pollué (ce qui n’est
heureusement pas le cas
des potagers actuels du
plateau).
C’est
pourquoi, nous sommes
particulièrement heureux
de l’action de l’échevine
uccloise de l’Urbanisme
et de l’Environnement en
faveur d’une promotion
d’une activité potagère
écologique, partout où
il est possible de la
maintenir. C’est
notamment le cas du
terrain communal à bâtir,
récemment réaménagé en
potagers, autour de la
nouvelle déchetterie.
| 4. |
Estimez-vous
qu’il
conviendrait
d’imposer
l’inclusion
d’une proportion
minimale de
logements à
caractère social
dans tout nouveau
programme privé
de constructions
de logements dont
l’importance dépasse
un certain seuil,
afin de répondre
aux besoins en la
matière ?
|
De
manière générale, nous
sommes favorables au développement
de la mixité sociale à
l’échelle des quartiers
et nous considérons par
voie de conséquence que
la production de logements
publics - sociaux et
moyens - doit répondre à
cette exigence en assurant
la dispersion des dits
logements dans le tissu
urbain.
Il
nous paraît toutefois
difficile d’y arriver
par l’imposition à tous
les propriétaires d’un
important terrain à bâtir
de réaliser des logements
sociaux ; car il
s’agit là d’une
obligation qui va à
l’encontre du droit de
propriété tel
qu’inscrit dans la loi..
D’autre
part, la proposition,
telle que formulée,
manque de réalisme :
les logements sociaux
doivent être gérés par
des sociétés de droit
public agréées pour ce
faire, à moins d’en
envisager la cession
obligatoire et à titre
gratuit aux pouvoirs
publics.
Une
proposition proche de la vôtre
serait celle d’imposer
la construction de
logements sociaux cédés
à la Commune à titre de
« charge
d’urbanisme ».
Des
charges d’urbanisme sont
imposées légalement dans
le cas de projets
immobiliers de
construction de bureaux.
Elles constituent une
captation d’une partie
de la plus-value privée
à des fins d’intérêt
collectif.
Il
nous paraît cependant
plus discutable
d’envisager la
perception systématique
de charges d’urbanisme
sur la construction de logements,
parce que cette activité
répond à un réel besoin
en région bruxelloise et
qu’il faut plutôt
l’encourager que la
dissuader. De plus, un récent
arrêté du Gouvernement
de la Région de
Bruxelles-Capitale exonère
la réalisation de
logements de toutes
charges d’urbanisme.
On
pourrait toutefois
envisager, dans le cas de
demandes de permis de
lotir à haute rentabilité
financière, portant sur
un nombre important de
logements et qui sont
susceptibles d’avoir de
grandes incidences
environnementales,
d’imposer de telles
charges d’urbanisme.
| 5. |
Estimez-vous
que les pouvoirs
publics devraient
mener en priorité
une politique
active de rénovation
d’îlots et
immeubles à
l’abandon -
pouvant aller
jusqu’à leur réquisition
- tant
pour éviter la
formation de
chancres urbains
que pour créer du
logement à caractère
social ? |
Nous
souscrivons totalement à
la volonté d’une
politique active de rénovation
des immeubles à
l’abandon. Une telle
politique peut contribuer
très utilement à la
solution du problème
d’un manque de logements
lorsque de tels immeubles
sont nombreux.
Ce
n’est pas le cas à
Uccle : le nombre de
chancres est en nette
diminution ; et
une proportion importante
d’immeubles inoccupés
ne le sont pas en raison
d’une incurie de leur
propriétaire ou d’une
volonté spéculative,
mais bien pour des raisons
de problèmes
juridiques en attente d’être
résolus (conflits de
succession, litiges avec
l’architecte ou
l’entrepreneur…) ;
et aucun de ces
logements inoccupés
n’appartient à un
pouvoir public.
Quant
à la possibilité de
« réquisition »
des biens privés à
l’abandon, elle s’est
heurtée longtemps à un
manque d’instruments législatifs
efficaces. La « loi
Onkelinx » s’est
en effet avérée
inapplicable (pour
plusieurs raisons).
Il
existe cependant une
possibilité légale d’expropriation
à l’initiative
notamment du pouvoir
communal et moyennant un
important subside régional.
Après un constat
d’abandon et une mise en
demeure de remettre le
bien sur le marché endéans
les 6 mois, la Commune
peut initier la procédure.
Une procédure longue mais
qui s’est avéré très
dissuasive dans les deux
communes où cette
possibilité a été réellement
exploitée
(Bruxelles-Ville et
Schaerbeek).
Enfin,
le nouveau Code du
logement récemment adopté
par le parlement
bruxellois, prévoit pour
les pouvoirs publics un
« droit de
gestion publique » par
lequel un pouvoir public désigné
à cet effet peut se
substituer au propriétaire
d’un immeuble vide et/ou
insalubre pour une période
limitée dans le temps. Le
pouvoir public remet alors
le bien sur le marché à
des conditions « sociales »
et le propriétaire en perçoit
le loyer. Si le bien a nécessité
des travaux, ceux-ci sont
payés par les loyers.
Nous
tenons à souligner que,
malgré tout l’intérêt
de ces deux derniers
instruments
d’intervention, leur
exploitation à Uccle ne
permettrait de récupérer
qu’un nombre très réduit de logements. |